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Erving Goffman et les coquillettes au jambon

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3–4 minutes
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Dans la série : « comment j’ai appris mon métier de DRH »

Leçon n•3 : Erving Goffman et… les coquillettes au jambon

Cas n•1

Promu à mon premier poste de DRH à 30 ans -des paillettes plein les yeux- dans une belle usine vendéenne de 400 salariés, je m’exercerais à endosser ce costume intimidant pour moi -par manque un de confiance en soi inavoué (vous savez cette impression ténue mais lancinante d’imposture ressentie, surtout en début de carrière, notamment pendant qu’on regarde le film du dimanche soir : « ils vont bien finir par se rendre compte que je ne suis pas à la hauteur du poste! »), et ce, malgré une assurance affichée de manière relativement plausible – avec sans doute l’expression d’un effort louable pour surjouer le rôle ou correspondre à l’image que je me faisais de la fonction (du rang ?) à tenir alors.

Un certain samedi matin, donc un jour « off », je poussais mon caddie à l’hypermarché du coin l’emplissant de Fleury Michon et de Panzani (souvenir précis du coup!). Soudain un autre « pousseur de caddie », effectivement plus expert dans la manipulation de l’engin, et « m’ayant eu au freinage », se porte à ma hauteur et m’interpelle sans sommation. Je reconnais vaguement un visage plus ou moins familier mais pas encore vraiment identifié : c’était un des ouvriers de l’usine que je croisais à l’occasion de mes descentes sur les lignes de production. Il s’écrie avec une candeur déconcertante : « Ah bon, un DRH aussi ça (sic) mange des coquillettes au jambon?».

Bizarrement cette phrase m’a projeté immédiatement dans une réflexion introspective et un monologue intérieur à propos de la différence entre deux notions qui peuvent se télescoper bien souvent y compris et particulièrement dans l’univers de l’entreprise (abandonnant par voie de conséquence mon interlocuteur à sa surprise) :

« J’ai un métier, un rôle de DRH mais je joue aussi simultanément ou successivement dans une année, un mois, une semaine, une journée, plusieurs autres rôles : cadre fonctionnel, père, mari, gendre (si: cela compte aussi!), footballeur (ailier gauche dans un club évoluant en 3ème division de district pas plus !), et « pousseur de caddie » faisant ses courses. Nonobstant ces différents rôles, je suis et me sens toujours le même et unique « moi », je reste identique : c’est le sentiment de la permanence de soi dans le temps, mon identité. Comme l’avait fort bien défini Erving Goffman, sociologue américain d’origine canadienne : la fameuse «…préexistence d’une identité au-delà des rôles joués dans les interactions interpersonnelles…. ». (Vestiges de mes cours de psychosociologie de 2ème année de Fac!). Ce collaborateur m’a interpellé sur un terrain inhabituel, confondant lui-même sans doute ce que j’exerçais comme métier et qui j’étais, mon rôle de DRH (24h/24?) et mon identité : @Yannick Plante, jouant ici et maintenant un rôle consommateur lambda.

Mais il m’envoyait -involontairement- un message et une mise en garde: n’étais-je pas trop et trop souvent « que » DRH dans et hors de mon entreprise ?

Depuis je prends soin, dans chaque situation et conversation où je suis impliqué, de préciser à quel titre j’interviens (quel rôle j’endosse en somme), d’adopter la posture adéquate et de jouer du bon dosage entre proximité et distance dans la relation selon le besoin, et, surtout, je reste vigilant à ne pas « mélanger les genres » et rester authentique autant que possible et aussi bien dans l’exercice d’un de mes multiples rôles professionnels (formateur, consultant, coach, manager de mes équipes, franchiseur, dirigeant de ma société, fournisseur, client….) que privés (cf supra). Ceci est d’autant plus salutaire dans les contrées ultramarines où j’exerce mais vis aussi, qui sont de véritables microcosmes et où les occasions sont fort nombreuses de croiser et côtoyer les mêmes personnes dans des situations pourtant distinctes mais où l’identité peut tendre à se mêler aux rôles, ce qui est assurément source de confusion, souvent d’inconfort, voire parfois de gêne.

Je reste concentré sur mon credo : quel que soit le scénario, ma partition, mon rôle, mon « masque » du moment, je tente de conserver à l’esprit que je mangerai peut-être ce soir …des coquillettes au jambon !

Yannick Plante

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