Ou comment, en tant que formateur, se prémunir ou soigner la blessure narcissique induite par la transformation de sa pratique d’animation suite à l’immixtion du numérique dans la pédagogie.
Ce mardi, J’ai vécu une expérience de vie professionnelle marquante qui m’a amenée à repenser au rôle du formateur face aux nouvelles modalités pédagogiques permises par le numérique et le e-learning.
Après 3 mois de sevrage (confère le covid19) j’ai pu renouer avec l’exercice tant gratifiant pour moi d’animation d’une séance de formation en «présentiel», avec un groupe d’une dizaine d’apprenants (en respectant les gestes de protection de circonstance).
Depuis deux ans, j’ai en effet entamé pour le réseau Alizés RH un mouvement drastique de transformation de notre offre de formation, en proposant désormais tous nos parcours de formation en 100% distanciel, et en multimodal également. Cette mutation s’est accélérée début 2020 pour répondre aux besoins des entreprises (et des salariés), de former (de se former) pendant le confinement et l’activité partielle afférente souvent.
Ainsi j’ai milité avec force conviction pour le primat du distanciel, devenu incontournable en formation.
Mais ce que j’ai vécu mardi m’a fait relativiser ma réflexion sur ma pratique de formateur. Certes, c’est commode d’animer et participer à des parcours en distanciel, des classrooms, à parler vrai, pour certains types de contenus pédagogiques. Pourtant, rien n’égale l’interaction « physique » en chair et en os. Les regards des uns, les réactions verbales et non verbales des autres, l’énergie et la vibration transmises et reçues en cette circonstance….
Conclusion 1: je suis fait (et y excelle sans doute) pour cette interaction physique, et transmettre ainsi ma pédagogie me procure un frisson et un épanouissement jamais approchés en animation distancielle.
Conclusion 2: oui au tout distanciel si cela est indiqué, requis, souhaité par les parties prenantes, mais oui, surtout, au choix d’une modalité /d’un format d’animation et de parcours de formation spécifique le plus adapté à la situation : présentiel pur, multimodalité et/ ou distanciel.
Conclusion 3: pas de concurrence entre les formats pédagogiques, mais, au contraire, une addition des possibilités pédagogiques !
Attention donc au leurre du tout numérique en formation : tout dans le présentiel n’est pas à jeter aux orties ! Attention à ne pas tomber de Charybde en Scylla …pédagogique.
Et puis encore une fois: quel bonheur que d’animer une séquence de formation avec des personnes, là, devant soi, d’aller les « chercher », les emmener avec soi dans ses démonstrations et transmissions de savoirs et savoir-faire…!
(J’adresse ce message à tous ceux qui en tant que formateurs mènent comme moi ici une réflexion sérieuse sur ce que deviendra leur métier à l’aune du numérique et sur ce qu’ils veulent y exercer et sur quelles compétences préférées de ce métier ils entendront rester et se concentrer pour le futur).

