Une expérience vécue lors de l’exercice de mes fonctions de DRH-Groupe à mon arrivée fin des années 90 aux Antilles au sein d’une grande multinationale locale, m’est toujours restée en tête comme un engramme pour la suite de ma carrière, pour la compréhension du concept d’empathie et de capacité à comprendre et se mettre « à la place » de mes interlocuteurs pour saisir leurs réactions et leur vécu réel.
Situation :
Dans le cadre d’une procédure (on ne peut davantage classique) de recrutement d’un Directeur d’hyper marché pour une filiale dans l’Océan Indien, un candidat me contacte au téléphone (si, si, à l’époque on pouvait joindre un DRH groupe de cette manière …. !), pour prendre des nouvelles de la destinée de sa candidature suite à un entretien réalisé entre nous une quinzaine de jours auparavant. Bien entendu, submergé par la gestion d’une multitude de dossiers concomitants, je n’avais pas eu le temps d’avancer sur ce recrutement et n’avais pas trop de nouvelles fraîches -encore moins de décision ferme- à annoncer à mon candidat. Et comme le fait si souvent un dirigeant en pareil cas, je « bottais en touche au-delà des 22 mètres », en lui indiquant que je n’étais pas trop disponible, « là, maintenant » et qu’il serait pour lui plus opportun de me rappeler dans une semaine, et que, là, « promis je pourrai satisfaire complètement sa curiosité et lui faire une annonce ferme sur le devenir de (sa) candidature… » (sic). Vous savez, quand vous êtes « charrette » en permanence dans votre activité professionnelle (en tant que RH ce statut a duré …toute ma carrière , tous les jours de toutes les semaines et pendant 15 ans sans discontinuer), renvoyer une échéance à un « horizon des événements » d’une semaine, (j’aurais pu dire 15 jours mais c’eût pu paraître inconvenant, ou 3 jours et je me serai tiré alors vraiment une balle dans le pied…), c’est comme renvoyer aux calendes grecques : c’est une vraie respiration !. Et bien sûr je me suis empressé d’oublier cette prise de rendez-vous virtuelle, pris de nouveau dans la tourmente des projets, crises, et réunions à assurer et qui font le quotidien de la fonction.
Mais, « mon » candidat, au risque pourtant de passer pour un harceleur, brave semble-t-il la consigne, et s’autorise à me rappeler 3 jours plus tard environ (je crois, enfin, à peu près). Mon assistante me passe la communication, cédant à son insistance -confinant à la quérulence- à me parler, et après que j’indique à celle-ci que je vais m’expliquer directement avec cet importun. En substance, je lui adresse mon animadversion, espérant que le ton comminatoire que j’emprunte alors aura raison de ce cet outrageant personnage : « pourquoi m’appelez-vous seulement trois jours après notre dernier entretien téléphonique, alors que je vous avais demandé de patienter au moins une semaine pour me laisser le temps de « traiter » votre « dossier » ? »
Et quelle ne fut pas sa réaction cinglante ? « Mais, Môssieu, cela ne fait pas trois jours mais trois semaines qu’on s’est parlé la dernière fois…. ! »
Analyse :
Exercer une activité (ici professionnelle) prenante, envoûtante, passionnante (ou pas) mais « emplie » de myriades d’actions et occupations, c’est comme vivre l’expérience de COOPER dans le film « Interstellar » de film de science-fiction britannico-américain produit, écrit et réalisé par Christopher Nolan, et sorti en 2014. Celui-ci est amené lors de ses vicissitudes interstellaires, à visiter la planète MILLER, astre qui se trouve décrire quelques orbes à proximité d’un énorme trou noir (Gargantua) , et qui, de ce fait, subit par influence gravitationnelle générée par une tel corps si massif, un étirement du temps à sa surface, (le temps s’y écoule du coup plus lentement), faisant qu’un visiteur (COOPER ici) qui passera un peu plus de 3 heures à chercher un objet salvateur dans l’océan de sa surface, y consacrera en fait l’équivalent de 23 années terrestres (tant et si bien que lorsque que Cooper rejoindra le vaisseau-mère en orbite autour de Miller, il retrouvera son co-équipier et astronaute ROMILLY, ayant vieilli de près d’un quart de siècle… !). De même les « 15 jours » du candidat m’étaient apparus comme n’ayant duré « que » 3 jours , et ce en toute honnêteté « perçue ».
Synthèse :
le temps est élastique : la perception que tel ou tel individu en a est très personnelle, idiosyncrasique, conjoncturelle, variable. Pour moi cet intermède m’apparut fugace, pour mon candidat, cependant, ce fut sans doute les 15 jours les plus longs depuis bien longtemps (peut-être avait-il compté à rebours chaque jour, dans une adjuration lancinante, sur son agenda les jours inscrits sur les pages de son éphéméride).
Conclusion :
Un candidat, un demandeur d’emploi , un salarié, n’importe qui, en attente d’une réponse, des suites à une requête, sera sensible à la façon dont vous traiterez sa demande, mais aussi au délai que vous mettrez à réagir.
Considérez bien qu’une personne « occupée » ( et de surcroît passionnée »), perçoit son temps « filer » alors qu’une personne en expectative, se languit du temps qui passe (trop) doucement : obviez , sinon abrégez son angariade ! soyez proactif, on vous en saura gré… !
Yannick Plante

