« Au clair de la lune mon ami Pierrot, prête -moi ta plume pour écrire un mot… »
Chanson populaire française d’origine incertaine
Je me souviens que lorsque j’étais DRH d’un Groupe en vue, en France hexagonale, une des missions qui m’étaient dévolues consistait à tenir le rôle « rédacteur en chef » du « journal d’entreprise » dont la parution était scandée au trimestre (mais qui souvent ne respectait pas cet échéancier, difficile à tenir faute de « matière » et surtout de temps à y consacrer en plus de tout le reste…).
Ce qui m’amène ici, cependant c’est plutôt une anecdote, qui pose ici le rôle surprenant que l’on peut être amené à jouer dans la fonction RH, alors que rien ne s’y prête et surtout ne vous y prédispose… Celui de «prête -plume » (ou plus simplement de « plume »).
Dans le « chemin de fer » (l’analogon de toutes les rubriques successives) du journal trimestriel dont j’avais la charge pour le Groupe, (s’inscrivant dans rôle de responsable de responsable de la communication interne qui m’échoyait en plus de celui de DRH, ce qui en soit n’est pas scandaleux et assez « congruent » en terme d’activités et d’enjeux.!) , bien entendu, figurait en tête de liste, l’éditorial qui -par à la fois routine et préséance- était « produit » par le N°1 de l’entreprise : le PDG.
Prenant mes fonctions depuis quelque mois seulement, je me proposais donc de contacter à ce sujet « mon » PDG Groupe pour lui demander de me fournir sa « prose habituelle » et m’indiquer ce qu’il comptait évoquer cette fois, quel message il entendait porter à la lecture des 6000 salariés de l’entreprise ce trimestre-ci.
Après plusieurs messages sur son répondeur téléphonique et mails infructueux, je décidais de « contourner l’obstacle » et m’adressai à son assistante de direction générale (qui comme souvent dans ce type de structure a davantage un rôle de « secrétaire générale »/cerbère/coupe-feu/confidente/ à la tête d’un organigramme invisible et informel mais bien réel celui-là). Bien m’en a pris : ! Celle-ci m’indique que -comme à son habitude- le PDG « …n’écrira pas l’éditorial… » et qu’il compte sur vous (moi) pour lui proposer un texte d’une page qu’il reprendra à son compte et signera…comme à l’accoutumée… »(sic).
Gloups ! Mon prédécesseur avait donc simplement omis ce « petit détail » lors de la passation des dossiers juste avant son départ…
Dont acte : je m’y emploierai donc cette fois.
Bon, à dire vrai, j’étais un peu décontenancé et pris dans l’étau d’une double perplexité, et en même temps :
- Honoré (flatté) de cette mission
- Déboussolé en me disant que je devrais faire preuve d’une certaine « schizophrénie » (inhabituelle vraiment pour moi?) pour parvenir à « rédiger à la place de quelqu’un d’autre sans que l’on ne s’avise de la substitution… » (si si j’ai pensé cela en ces termes sur le coup..!).
Ma foi, à 35 ans on prend les challenges (les défis en français pardon!) comme ils se présentent surtout quand on est ambitieux et qu’on développe une belle confiance en soi.
Banco ! je m’y mets.
J’essaie alors de synthétiser :
- Quels sont les thématiques et sujets centraux et porteurs de ce prochain numéro du journal d’entreprise à introduire ici
- Quels sont les projets stratégiques « dicibles » sur lesquels s’appuyer pour introduire les différents articles y figurant
- Quel message important m’apparait utile de porter et mettre en avant cette fois,
- Sous quel forme et style scriptural et littéraire dois-je me placer pour que cela « ressemble » à celui d’un PDG tel que le mien (une sorte de « à la manière de… » pour mâcher le travail de celui-ci autant que possible ensuite).
Exercice en fait déroutant mais fascinant voire motivant pour moi qui aime écrire (déjà à l’époque).
Je m’exécute.
J’envoie ma copie.
Verdict : Quelques mots changés et c’est validé par le PDG… !
Un doute envahit mon esprit :
Soit il ne s’y est pas vraiment intéressé et a répondu à la va vite
Soit j’ai fait mouche (c’est cette version qu’il m’a donné en retour)
« Merci patron pour votre reconnaissance.. ! » m’étonnais-je à dire (in petto).
Au-delà du caractère assez inhabituel, avouons-le, de telles circonstances, ce fait-divers me renvoie à une compétence essentielle du DRH (au-delà ce celle de rédiger un éditorial pour son PDG), et au-delà des compétences rédactionnelles « standard » et minimales, celle fort précieuse que de savoir « en écriture », lorsque l’on rédige (et quand on s’exprime par oral également) :
-de quel côté, de quel point de vue on doit se placer en tant que rédacteur (savoir « qui écrit » et savoir se mettre dans la peau et le style de celui-ci sachant que l’auteur peut être différent du personnage principal du texte d’ailleurs)
-à quel(s) public(s) on s’adresse et savoir ajuster, différencier, le format le contenu le style, le message en somme en fonction de celui- ci (ceux-ci) même si l’intention est la même et unique au départ.
Yannick Plante

